Comportements et erreurs de pensée

Quand on parle au patient, il y a à la fois une part d’intuition, et à la fois une part de psychologie – recette de cuisine que l’on apprend au même titre que l’art de l’interrogatoire. Il est aussi important de savoir poser les bonnes questions au bon moment que de savoir écouter, et encore plus de montrer que l’on écoute. Si le patient ne voit pas de signes positifs, comme un hochement de tête, un sourire encourageant, une reformulation, il peut se braquer ou tout du moins oublier des détails importants dont il aurait parlé s’il avait eu l’impression qu’on était en train de l’écouter.

J’aimerais aujourd’hui vous parler des comportements. Un comportement est, par définition, un ensemble de phénomènes produits par un individu donné, en réponse à une situation donnée. On va lui distinguer trois composantes : les actions, les émotions et les pensées. Cela représente ce qu’un même organisme (ici, le patient auquel on s’intéresse), fait, ressent et croit. Trois choses très distinctes donc, mais qui vont interagir ensemble, s’influencer mutuellement et vont par conséquent être indissociables. En l’on prend en compte l’action sans se préoccuper de l’affect, la vision que l’on a du comportement est radicalement différente, et notre réaction vis à vis de celui si également.

Exemple :

Si un patient fumeur vient, on va essayer de le faire arrêter de fumer, ou tout du moins de diminuer sa consommation. Si je lui dis « alala, fumer c’est pas bien faut arrêter booouh le vilain monsieur », ça ne va pas avoir le même effet que de lui demander ce qu’il ressent quand il fume. Il a très probablement déjà essayé d’arrêter, ou même simplement pensé à arrêter sans oser sauter le pas. Pourquoi ? Chacun a ses réponses (stress, plaisir social, peur de grossir, etc) et ne pas les prendre en compte, c’est comme couper les branches d’un lierre grimpant sur le mur de votre maison : le pied de la plante est toujours ancré dans le sol, et il repoussera. Tenir compte tous les aspects du comportement (ici : fumer même si le patient sait que c’est mauvais pour lui) va permettre de mieux l’encadrer pour qu’il arrête de fumer.

Les actions : c’est la partie émergée de l’iceberg, ce qui est observable à l’œil nu par n’importe qui.

Les émotions : c’est ce que le patient ressent au moment où il fait l’action. Parfois, ça part en couille et on ressent des choses « sans fondement » à n’importe quel moment : impression d’étouffer, sueurs, envie de se gratter, mal partout ou à un endroit précis (poitrine, ventre, tête). C’est ce qu’on appelle de l’anxiété. Mais il faut faire attention : le patient a réellement mal, a réellement cru mourir. Il ne faut pas faire un soupir de dédain « bon je vais m’occuper de vrais cas, salut ». Non, c’est un vrai cas, une vraie douleur, qui ont sûrement une origine qu’il faut trouver (stress professionnel ou familial, dépression, etc.)

Les pensées : c’est ce que le patient croit, ce qu’il pense. C’est la façon dont on interprète le monde qui nous entoure. « Non docteur, pourquoi je mincirais ? Je suis bien comme ça moi, je n’ai pas envie d’arrêter de manger comme je l’entends. Je ne suis pas si gros, et je me sens bien. » dit le patient à qui on vient de dépister un diabète, qui fondamentalement va bien pour le moment.

On arrive à ce dont je voulais vous parler dès le début : les erreurs de pensée. Qu’est-ce que c’est ? Ce sont des automatismes, des pensées pas totalement fausses mais totalement vraies non plus, qui peuvent nous bloquer parfois dans la vie. Ça nous est déjà arrivé à tous, et on s’est déjà tous retrouvés impuissants devant un proche qui répète en boucle une de ces erreurs (bug de la matrice ?). Je sais ça a l’air abstrait mais vous allez vite comprendre !

Il y a six erreurs de pensées, illustrées ici par des supers exemples :

– la généralisation, où la personne y va à grand renfort de « toujours » et de « jamais ».
Exemple : c’est jamais à moi que ça arrive, j’ai jamais de chance, personne ne m’aimera jamais.
Contre-attaque : lui faire trouver l’exception. On a toujours tendance à faire « Mais si, souviens toi de l’été où tu as chopé tonton Roger, tu vois que tu nous repousses pas tous les hommes. Hu hu. Allez arrête de pleurer maintenant c’est gênant » alors qu’il faudrait plutôt faire « Mais il y a pas une fois où tu aurais attiré un homme ? Même un très moche gros et alcoolique ? ».

– le raisonnement dichotomique, où on se la pète avec des mots compliqués pour dire que globalement, c’est tout ou rien.
Exemple : j’ai raté mon partiel, omg je vais tellement redoubler c’est horrible et après je vais rater mes études car je n’aurais pas la motivation de continuer et je vais rater sous ma vie, finir sous un pont à faire le tapin pour payer mes clopes je me hais haaaaa[…]aaaaa
Contre-attaque : reconnaître les faits, mais les resituer. Ok, elle a raté son partiel, mais elle a réussi dans toutes les autres matières. Rationnellement parlant, elle a donc les capacités de travail pour y arriver, et passera donc cette matière aux rattrapages haut la main.

– l’interprétation, où comme c’est dit dans le titre, la personne se prend pour madame Irma et lit les signes entre les lignes de la vie (c’est beau je sais).
Exemple : je suis allée à une soirée, Jean-Eudes a oublié de me faire la bise alors qu’il l’a faite à tout le monde, il me hait c’est horrible
Contre-attaque : il faut que la personne trouve elle-même d’autres explications possibles. Il peut la haïr, mais c’est également possible qu’il ait cru lui avoir déjà dit bonjour, qu’il eut été fatigué, etc.

– la maximalisation des échecs et la dévalorisation des succès, où tout est dans les parties en gras.
Exemple : certes j’ai gagné la finale du 100 mètres mais c’était uniquement de la chance sinon je l’aurais perdu. Ou alors des aliens. Ouais les aliens c’est plus plausible, ils ont désavantagé mes adversaires en augmentant la gravité sous leur pas. Du coup j’ai gagné sinon en fait je suis nul.
Contre-attaque : rationaliser et remettre les choses à leur place. Ok, mais tu as quand même gagné. Même si des aliens sont effectivement intervenus dans la course, tu as travaillé dur pour la compétition, trois fois par semaine par tous les temps, et tu as même fait le meilleur temps de la saison. Donc merci les aliens, mais merci toi aussi.

– la personnalisation, où la personne pense que c’est de sa faute à elle si tel événement est arrivé.

Exemple : Brad et Angelina se sont séparés alors que j’ai mangé du kiri hier, je n’aurais jamais du mangé ce kiri tout est ma faute
Contre-attaque : partager les fautes. Oui peut-être que Brad t’as vu manger un kiri, qu’il en a parlé à sa femme au dîner ce qui a déclenché un tollé et du coup ils divorcent, voilà. Mais bon, ils ont quand même tout un lot de marmots qui mangent sûrement du kiri aussi à leurs heures perdues donc voilà, c’est pas que toi.

– l’obstruction sélective, où la personne ne voit qu’un seul côté d’une situation, en oblitérant totalement le reste
Exemple : olala j’ai croisé cinq chats noir en venant ici je vais être malheureux pour le restant de mes jours
Contre-attaque : ne pas démentir le fait, c’est un fait. Il a croisé cinq chats noirs, on ne peut pas y toucher. Mais on peut essayer de détourner son attention sur autre chose, comme compter les chiens. En comptant les chiens, il oubliera un peu les chats. Jamais totalement, mais suffisamment pour que ça n’occupe plus son esprit comme avant. C’est comme quand on a froid. Si on se focalise sur le fait qu’on a froid, celui-ci devient tellement horrible qu’on se croirait dans La Reine des Neiges, alors que si on pense à autre chose le froid est un peu moins pénible, un peu moins présent.

Alors voilà, des erreurs de pensée qu’on croise en consultation comme dans la vie de tous les jours. Vous saurez enfin rassurer votre BFF ou même la caissière du supermarché en plein burn-out ! Si c’est pas le pied ça ?

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