Un jeune homme de 27 ans tombe dans la rue pour ne plus jamais se relever

Un jeune homme de 27 ans tombe dans la rue pour ne plus jamais se relever. On dirait le titre d’un journal.

Il est arrivé dans notre réanimation après 1 heure de low flow. D’abord il y a le no flow, puis le low flow. Le no flow, c’est lorsque le sang ne circule plus du tout dans le corps. Le low flow, c’est quand le sang circule dans le corps grâce à des manœuvres externes telles le massage cardiaque mais que le cœur n’est toujours pas reparti. C’est long une heure.

Alors il vient, et on essaye de le réparer. Planche à masser, adrénaline et c’est parti mon kiki. Sauf que le kiki n’est jamais reparti. Le kiki est resté planté là, comme deux ronds de flancs. Et au bout d’un moment, il a fallu prendre la lourde décision d’arrêter la réanimation.

Attendez, on peut arrêter la réanimation ? Je veux dire, je le regarde moi, ce jeune-homme-de-27-ans-tombé-dans-la-rue, je le regarde bien et il est là. Il est encore là et on va le laisser tomber comme ça ? Je le regarde tellement bien que je vois ses tâches de rousseur et ses grains de beauté. Il a un collier autour du cou et un tatouage sur l’épaule gauche. Il a la peau douce quand je la touche pour le maintenir sur le brancard. Il a une vie, il a une vraie vie, et on doit tout arrêter ?

Oui, dit le chef de service. On arrête.

La salle qui bouillonnait de vie jusqu’à présent, se vide lentement. L’une après l’autre, les personnes qui s’occupait du patient arrêtent leur tâche, retire les cathéters et les électrodes, enlève la planche à masser et la vie qui allait avec. On l’extube, et on le lave tout doucement pour le présenter à sa famille.

J’ai l’impression que ce n’est qu’une plaisanterie, qu’il va se lever de son brancard pour crier « SURPRISE ! » et qu’on rigolera tous. Mais personne ne se lève et personne ne rit. Tout le monde reprend le cours de sa vie, sauf lui. J’ai l’impression que mon cœur s’est arrêté de battre avec le sien et mes yeux débordent de larmes. C’est tellement injuste, pourquoi lui ? Pourquoi tout court, doit on mourir ? Pourquoi ne pouvons nous rien faire ? Pourquoi a-t-on arrêté ? Pourquoi pourquoi pourquoi ?

Dans ma tête, tout est vide. Mes oreilles bourdonnent. Je suis dans une pièce sombre face à un gros bouton rouge où il y a marqué « stop » que je caresse du bout des doigts. Si j’appuie dessus, il meurt. Si je n’appuie pas, on continue la réanimation. Je suffoque et je ne peux prendre la décision même si elle ne m’appartient pas.

Je vais voir mes PH et je leur dis que ça ne va pas. Je ne sais pas ce qui va pas, je sais juste que ça ne va pas. Que plus rien ne va depuis qu’on a tout arrêté. Je sens une main sur mon épaule. Gauche. Comme le tatouage du jeune-homme-de-27-ans-tombé-dans-la-rue-et-qui-ne-se-relèvera-PLUS-JAMAIS. C’est le chef de service. Il m’emmène dans son bureau. J’ai tellement honte, je suis en train de pleurer devant ce grand chef de service, mon héro de tous les jours, que j’admire et je respecte. Je me recroqueville sur ma chaise, je n’ose pas le regarder en face.

« Tu sais, ça m’arrive de pleurer à cause de patients. »

Lui ? Lui il pleure ? Mais il est toujours si calme, si patient. Lui qui gère tout d’une main de fer et qui ne cille jamais. Qui arrive à plaisanter et à garder une voix douce qui rassure tout le monde dans n’importe quelle situation.

« C’est normal de ne pas aller bien. Tu en as le droit, on en a tous le droit. Si tu acceptes tes sentiments, ils partiront d’autant plus facilement. Enfin, ils ne partiront jamais. Mais on peut vivre avec, sans se laisser bouffer. Oui, c’est difficile de laisser partir des patients, de voir mourir des gens sans qu’on ne puisse rien faire. C’est horrible. Ça m’énerve et ça me fait pleurer. Voilà, c’est dit.
« Ce patient, il était foutu. Son cerveau n’avait pas été irrigué depuis trop longtemps, si on avait poursuivi la réanimation et que son cœur était reparti, il aurait été un légume pour le reste de ses jours. Mais vraiment, je sais pas quel légume tu détestes, voilà la citrouille, et bien il aurait été une citrouille toute sa vie. Je sais pas toi, mais ça ne me fait pas trop envie. Comme on dit, donner de la vie aux années et non pas des années à la vie.
« Quand ce genre de sentiments t’envahit, laisse les venir. Accueille les. Ils vont passer. Et après, pense à tous les patients que l’on sauve. Tu te souviens de la patiente d’hier ? Penses-y. Pense à tout ceux que tu vas aider si tu restes.
« Savoir parler de ce qui ne va pas t’aidera toute ta vie. Et te permettra d’être un meilleur médecin. N’aies pas peur d’être triste, n’aies pas peur d’être heureuse quand d’autres sont tristes. La vie continuera quoi qu’il arrive. »

Personne ne m’avait jamais donné l’autorisation d’être triste à l’hôpital. Dans tous les services où j’ai été, le mot d’ordre était le silence et le paraître. Je me souviens de cette patiente, atteinte de SEP (Sclérose En Plaques) juvénile depuis ses 10 ans. A 23 ans, elle ne connaissait plus que quatre noms d’animaux. Chat, chien, lion et tigre. Quand j’eu fini de l’examiner, elle m’a attrapé le bras avec une douceur infinie comme si elle avait peur que je me brise, et elle m’a dit « j’aimerais retourner au Maroc pour mourir ». J’ai réussi à me contenir jusqu’à ce que je ferme la porte du bureau des médecins avant d’éclater en sanglot. Un des PH du service m’a regardée d’un air dédaigneux, puis m’a demandé « qu’est-ce que tu te trouves comme excuse pour chialer maintenant ? »

Une excuse ? Nous, soignants, accompagnons chaque jour des millions de patients en France, dans la santé comme dans la maladie. Si je l’avais en face de moi aujourd’hui, je lui dirais que oui, je « chiale ». Oui, ce n’est pas toujours facile et ça m’arrive de me retrouver, de me questionner quand un patient me touche particulièrement. Enfin, je ne devrais même pas dire ça car tous, tous les patients me touchent mais parfois on ne peut pas maintenir nos barrières, nos distances. Et ce n’est pas grave. C’est humain, nous sommes tous humains et nous ne valons pas mieux que les personnes que l’on soigne. Cette part d’humanité fait partie de nous, partie de moi et je l’accueille avec joie, car elle m’apporte autant de bonheur qu’elle me fait pleurer.

Voir un patient pleurer de joie car sa prothèse de hanche lui a changé la vie après des années à souffrir d’arthrose me donne une sensation de chaleur dans la poitrine. Savoir qu’on a aidé une personne, même une seule, est un sentiment incroyable. Ne pas pouvoir aider un patient est un sentiment horrible. Les deux existent, cohabitent, s’entrelacent et forment toutes sortes de nuances de couleur qui me portent et me font me lever tous les matins.

Je pleure, je ris, je m’inquiète à cause de mes patients, mais je sais qu’avec le temps j’arriverai de mieux en mieux à gérer mes sentiments et à ne pas me laisser envahir. J’ai hâte d’être à demain et d’apprendre encore. J’ai tellement hâte.

Eux avant tout

Elle est venue nous voir pour sa mère, qui aurait fait un AVC au bled.
« Vous comprenez docteur, ils n’ont rien pour s’occupe d’elle là bas. D’un coup elle n’a plus été capable de parler et on a rien pour la traiter. Maintenant ce n’est plus que du silence au bout du téléphone. Vous ne pourriez pas prescrire quelque chose pour que je puisse lui envoyer ? »

Docteur Jekyll, le médecin qui me supervise, lui explique doucement mais calmement qu’on ne peut pas faire des prescriptions sans voir la personne en face. Elle essaye d’expliquer maladroitement que c’est elle qui a fait l’AVC en fait, et qu’elle confond tout depuis, qu’elle est bête et que c’est à elle qui faut prescrire et pas sa mère. Docteur Jekyll n’est pas dupe, et lui propose tout de même de l’examiner pour voir son état de santé général.

Tout se passe bien, jusqu’à ce qu’il m’appelle pour que je vienne palper l’abdomen de la patiente. Cadran par cadran, je quadrille son ventre jusqu’à arriver à son hypogastre, zone se situant juste au dessus du pubis, en dessous du nombril. Mes mains ne s’enfoncent plus et touchent tout près de la peau, un tissu fibreux remontant jusqu’à l’ombilic. Je regarde le médecin d’un air décontenancé, qui me sourit d’un air rassurant et se tourne vers la patiente, lui demandant son autorisation pour pratiquer un examen gynécologique.

Entre les cuisses de la patiente nous trouvons un gigantesque prolapsus. J’aime bien le mot prolapsus, mais je n’aime pas les prolapsus en eux même. Le mot prolapsus correspond à une descente d’organes, en l’occurrence ici il s’agissait de l’utérus, qui tente de s’échapper par une zone de faiblesse, ici le vagin. Comme s’il s’agissait d’un lapsus du corps pour exprimer une maladie pas trop visible, dont on ne voudrait pas trop parler.

La patiente, quarante-huit ans et toutes ses dents, a un prolapsus découlant d’un monstrueux fibrome utérin. Docteur Jekyll lui explique que c’est une maladie bénigne mais handicapante. Elle le regarde d’un air qui veut dire qu’elle connait cette notion de handicap et qu’il n’a rien à lui apprendre.

Il lui propose un suivi gynéco en vue d’une hystérectomie, en vue de son âge et de l’avancée de sa maladie. C’est là qu’elle s’est mise à pleurer. Elle ne peut pas se faire soigner car elle n’a pas de papiers. Elle n’a le droit de rester en France uniquement car elle est malade, et sa maladie se traite mieux dans notre pays que dans le sien. Elle est venue ici pour gagner de l’argent, et l’envoyer à ses proches, au bled, pour les soigner. Dès qu’elle sera guérie, un médecin-conseil pourra la convoquer et s’il ne trouve aucune raison médicale pour qu’elle reste sur le territoire français, on la renverra dans son pays d’origine.

Elle ne peut pas se soigner sinon ils ne pourront pas se soigner. Alors elle serre les dents, et continue de travailler sans broncher.

Elle ne reviendra jamais dans ce cabinet, voir ce docteur qui s’occupait trop d’elle et pas assez de sa famille.

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Premier article depuis longtemps ! Je préfère écrire moins souvent, mais que ça vienne du coeur, plutôt que de me forcer à poster des articles.
Merci pour tous vos gentils commentaires, je les ai tous lus avec attention 🙂

Histoire de femme

Elle est tombée, elle s’est cognée. Elle s’est ouvert le front. Rien de grave, mais cela mérite quand même des points de suture, alors elle vient aux urgences.

Je l’examine, tout est normal.

Et elle se met à pleurer.

« Vous trouvez pas ça drôle vous ? Il y a un an, presque jour pour jour, je suis venue ici pour un nez cassé. Pour un nez qu’il m’a cassé.
Et là, quand j’ai finalement réussi à le plaquer, partir avec mes enfants commencer une nouvelle vie je tombe et je me fais mal toute seule. Comme une grande. La boucle est bouclée en quelque sorte.
Mais ça fait un mal de chien, vous êtes sûre que c’est joli ? »

Elle était épuisée, blessé, seule, mais qu’est-ce qu’elle était belle et forte. Courageuse. Incroyablement vivante.

Elle ne s’en rendait même pas compte, mais quelle femme.

Merci pour la leçon de vie.

L’amour des urgences

Cela fait maintenant deux trimestres que je fais des gardes aux urgences, et plus j’en fais, plus j’aime ça. Je me plains religieusement avant d’aller à chaque garde, car oui il faut se l’avouer, se lever à 7h, aller en stage le matin, à la bibliothèque l’après midi, et enchaîner sur une nuit sans dormir en mangeant ton dîner à 5h du matin, oui c’est crevant. En rentrant chez moi à 9h, quand je ne trouve pas de place dans le métro bondés de gens qui vont au travail, je leur dis : « excusez moi, cédez moi votre place car voyez vous, je viens de passez la nuit à m’occuper de gens comme vous et je suis CREVÉE ». Ok je leur dis pas, mais je le pense très fort et je m’agrippe à la barre du métro comme un naufragé à son radeau.

Je vais pas vous mentir, je vous l’ai déjà expliqué dans cet article, parfois c’est relou de voir débarquer un mec à quatre heures du mat car il s’est réveillé en nage d’un cauchemar et qu’il n’a pas su différencier le rêve de la réalité (true story). Mais on est là pour ça.

Oui, dans « urgences », il y a « urgences » et parfois la seule prescription que l’on aurait besoin de faire serait un Larousse .

1/ Caractère de ce qui est urgent, de ce qui ne souffre aucun retard :L’urgence d’une solution à la crise.
2/ Nécessité d’agir vite : Des mesures d’urgence.
3/ Situation pathologique dans laquelle un diagnostic et un traitement doivent être réalisés très rapidement.
4/ Situation qui peut entraîner un préjudice irréparable s’il n’y est porté remède à bref délai et qui permet au juge de prendre certaines mesures par une procédure rapide (référé, assignation à jour fixe) ; la procédure elle-même

Parfois ça rend violent, les gens violents. Un jour, je me suis faite agresser par la mère d’une patiente qui souffrait de crises d’angoisse. Elle en avait fait une énorme ce jour là qui l’empêchait de dormir et elle était venue pour qu’on la soulage. Elle exigeait qu’on l’endorme pour que cela passe, ce que l’on ne pouvait pas faire bien entendu, on ne va pas sédater quelqu’un pour une crise d’angoisse. Je ne suis pas en train de dire qu’une crise d’angoisse ce n’est rien, bien au contraire, c’est quelque chose d’assez horrible en réalité. Ça se manifeste différemment chez tout le monde, par une oppression thoracique qui vous empêche de respirer, par de la spasmophilie, pas des crampes abdominales, par des tremblements. Ça peut donner l’impression que l’on va mourir dans la seconde qui suit. Et puis ça part. Pour mieux revenir.

C’est en état d’épuisement total que cette patient est venue, pour arrêter de souffrir. Mais non, il n’existe pas de piqûre magique pour soulager l’angoisse. Il existe des médicaments utilisés en psychiatrie (l’atarax par exemple), mais à mes yeux, ce ne sont que des fuites en avant. Je suis passée en stage de psychiatrie l’année dernière et j’ai été choquée de voir à quel point les patients s’enfilaient ça comme des bonbons. En fait, on peut prescrire ce qu’on appelle des « sur demande » ou des « si besoin ». Ce sont des médicaments que l’on ne donne pas systématiquement aux patients, mais si jamais ils en éprouvent le besoin ils peuvent le demander. Et quand l’angoisse pointait le bout de son nez, qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils demandaient de l’atarax, que les soignants leur donnaient sans se poser de question.

Alors oui, l’atarax aide, il shoote un peu et ça permet de se relaxer. Mais est-ce que c’est vraiment la solution ? Est-ce que prendre un quart d’heure pour parler avec le patient qui vient demander son médicament ne serait pas mieux ? Des consultations « si besoin » ? Pour se poser, prendre le temps de questionner cette angoisse. Essayer de réfléchir ensemble à une cause, à une solution, plutôt que d’avaler un truc chimique pour se calmer. Peut être que ce serait soûlant pour les soignants, de voir le même patient anxieux toutes les deux heures qui n’arrive pas à se calmer. Mais c’est en l’accompagnant jour après jour qu’il devient autonome.

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Je divague, revenons à la patiente des urgences. Oui, elle aurait pu attendre le lendemain matin. Oui, sa mère aurait pu éviter de me saisir le bras de toutes ses forces pour me demander pourquoi on ne faisait rien de plus pour sa fille. Mais elles en avaient besoin, c’est insupportable l’angoisse, et c’est insupportable de ne pas comprendre pourquoi on ne fait rien de plus que de la garder la nuit avec nous dans un box parce que le psychiatre de garde ne se déplace que pour les personnes suicidaires. Je ne dis pas que j’aime me faire agresser, mais je dis que je peux comprendre. Je peux comprendre et imaginer la détresse. Je peux ne pas réagir violemment à cette mère désespérée de voir son enfant souffrir, accepter que c’est la peine qui l’a fait agir ainsi. Et tenter de l’aider.

Ou cette mère de famille qui venait parce qu’elle avait mal dans la poitrine. Elle n’avait rien, une simple crise d’angoisse, mais sa mère et sa sœur était toutes les deux mortes d’un infarctus et puis elle était seule avec la maison avec ses deux fils autistes et qu’elle n’en pouvait plus. Ces deux heures d’attente aux urgences, ces quinze minutes dans le box avec moi, c’était ses premières heures seule à s’occuper d’elle depuis de longues années. Alors quand c’est comme ça, je suis heureuse de prendre dix minutes de plus pour parler de tout et de rien avec elle. Parce que si elle est venue pour rien médicalement parlant, elle venue pour quelque chose d’important. Elle est venue pour elle.

Nous sommes là pour ça, pour les urgences vitales et les urgences moins vitales. Nous sommes des veilleurs de nuit quand tous les généralistes sont fermés. Nous sommes là pour vous. Et c’est ça que j’adore dans les urgences. C’est un bouillon de vie, on y voit de tout, et on voit tout le monde. Je voyage plus en une garde qu’en partant dans un autre pays. Ça vaut tous les netflix du monde, de regarder les gens vivre.

Tout le monde est loin d’être d’accord avec moi, et je peux le comprendre. Oui, les urgences sont débordées car ce qui aurait pu être réglé chez le généraliste finit par faire des attentes de cinq ou six heures aux urgences, et des pertes de chance pour les patients avec des pathologies nécessitant une prise en charge immédiate. On essaye de classer les personnes selon la gravité potentielle de leur motif de venue mais des fois, oui on se plante. Oui c’est chiant de voir un mec débarquer car il a eu une crise d’hypotension orthostatique, et qu’il a cru faire un AVC et passer devant quelqu’un qui avait un infarctus avéré.

Mais à mes yeux, nous sommes aussi bien là pour soigner que pour rassurer. Comme un phare, nous éclairons les récifs de la côte pour les personnes qui voguent sur la vie. Un petit phare, mais un phare quand même. Un phare qui ne règle pas tous  les soucis mais qui aide à passer la fin de la nuit, jusqu’à ce qu’au petit matin les autres médecins rouvrent leur cabinet.

(Mais s’il vous plait, laissez moi cinq minutes de répit pour que je puisse aller manger à ma prochaine garde sinon je jure que je mords un patient !)

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Une bonne soirée

« Bon alors voilà, c’est un homme de 30 ans avec pour antécédent un reflux gastro-œsophagien qui est venu car ça lui brûle dans la poitrine après qu’il ait vomi
– Ouais et pourquoi tu me dis ça ? Tu lui files des IPP, du gavisgon et tu le renvoies chez lui. Il est deux heures du matin, pour l’amour de dieu !
– C’est que…
– Que quoi ?
– C’est un contexte particulier…
– Ben voyons, et moi j’allume la pluie comme Adèle.
– Alors en fait c’était hier soir…
– Je me fais chier. Tu te rends compte que je me fais chier ?
– Il était à une orgie…
– Ah ?
– Homosexuelle, non protégée, avec des gens qu’il ne connaissait pas…
– OK.
– Il a pris de l’ectasy, de la coke, du poppers, du MDMA et du GHB…
– OK.
– Et au bout de la septième heure, tel Dieu se reposant le septième jour, son estomac a pris congé, il a vomi partout et a fait un blackout.
-Bon, qu’est-ce que tu ferais ?
– IPP gaviscon et leçon de morale ?
– MAIS NON BORDEL. IPP, gaviscon, leçon de morale ET prophylaxie du VIH. Ignare d’externe. Va me chercher le bon pour la pharmacie et fissa. »

~ Quelques instants plus tard, dans le box du patient ~

« Bonsoir monsieur, mon étudiante m’a dit que vous avez passé une bonne soirée ! C’est très bien que vous passiez une bonne soirée, moi-même j’en passe des excellentes de temps à autre, mais merde quoi, aimez vous protégez vous ! Vous vous tapez qui vous voulez, mais dans les règles de l’art, pour vous comme pour la personne d’en face. Allez, je vous donne des médicaments pour empêcher toute infection par le VIH, vous revenez nous voir dans deux jours pour faire des tests sanguins. Pour votre ventre, voilà une prescription pour avoir moins bobo. Et mollo sur le reste si vous voulez continuer de profiter ! Allez bonne soirée, probablement moins palpitante que la précédente mais bonne soirée quand même ! »

IPP, gasviscon, leçon de morale et prophylaxie du VIH. C’est simple en fait la vie.

 

N’oubliez pas, aimez vous, protégez vous ! ❤ 
Pour plus d’informations :  https://www.sidaction.org/