Traduction patient-soignant

Avant d’examiner un patient et de l’interroger en détail sur le comment du pourquoi de ce qui l’amène ici, on essaye de faire une chronologie de tous les évènements médicaux qui ont pu lui arriver auparavant. Il peut n’y avoir strictement rien comme une liste plus longue que votre bras. Le plus difficile, c’est de comprendre ce que le patient a vécu, car il s’exprime avec ses propres mots, avec son vécu ; à nous de faire la traduction tant bien que mal. Cette étape est très importante car peut être que toutes les maladies qu’il a eues ne veulent « rien dire » séparément, mais ensemble forme un syndrome ce qui changerait complètement la prise en charge du malade.

Il y avait cet homme. Il avait un tee shirt avec des filles en bikini en train de s’enlacer au bord de l’eau avec marqué dessus « Wet girls are the best ». Ambiance. On arrive aux fameux antécédents. Comme d’habitude, il commence à me dire comme tous les patients « Moi ? Non non, j’ai jamais rien eu ». Sauf peut-être deux opérations de l’épaule, des entorses à répétition, un lipome, un accident de la voie publique, des brûlures et une prothèse oculaire. Mais ça, non, c’est rien sinon, ça compte pas. D’où l’intérêt de poser vraiment beaucoup de question, au risque de paraître lourd. Et puis soudain il me dit :

« Ah et une fois aussi, un caillou m’a empêché de respirer.
– Vous voulez dire que vous vous êtes étouffés avec une pierre ?
– Non pas ça.
– Vous avez avalé de travers ?
– Non non, j’avais un caillou et je pouvais plus respirer.
– Que genre de caillou ? Vous avez avalé du gravier en tombant quelque part ?
– Ben non je vous ai dit.
[là c’est le moment précis où vous vous sentez vraiment con, ça a l’air tellement évident pour lui alors que vous vous sentez un peu comme si vous étiez Jar-Jar Binks « Missa pas comprendre voussa »]
– Il était où votre caillou ?
– Là [il me montre son ventre]
– Vous aviez un caillou dans votre ventre, et vous ne pouviez plus respirer. D’accord. Et pendant combien de temps ?
– Oh des semaines. Puis il a fondu.
[« Missa comprendre ! Missa comprendre ! Missa intelligent ! »]
– Vous aviez un calcul dans la vésicule biliaire qui est parti tout seul ?
– Ouais c’est ça, et je pouvais plus respirer parce que ça faisait mal. »

Note pour soi-même : un calcul de la vésicule biliaire ça fait tellement mal qu’on a du mal à respirer.
Note pour missa : c’est pas grave si tu ne comprends pas tout du premier coup si tu es persévérant. Maximax humilité.

trad

J’ai fait patient en LV2 au collège et toi ?

Régime draconien

Monsieur R. est diabétique. Monsieur R. est BPCO. Monsieur R. est myasthénique. Monsieur R. est obèse, et toutes ces choses là iraient mieux s’il perdait un peu de poids. Le CCA me fait les gros yeux et me dit « Bon, aujourd’hui ta mission, c’est de parler bouffe avec monsieur R. Je veux TOUT savoir du pourquoi du comment. Allez, zou ! »

J’entre donc dans la chambre de monsieur R. et après quelques formules de politesse pour ne pas aborder le sujet qui fâche immédiatement, je me lance :

« Vous pesez combien monsieur  R. ?
– Oh 110 kilos, par là…
– Vraiment ? Parce que la semaine dernière en nutrition vous pesiez 125 kilos…
– 110, 125 c’est la même chose.
– Et vous diriez que sur cette année, vous avez pris ou vous avez perdu du poids ?
– Ah perdu ! Je suis au régime moi.
– C’est génial ça, vous faites quoi comme régime ?
– Le régime sandwich !
– Le régime sandwich ?
– Oui, le régime sandwich !
– Et… Ça consiste en quoi ?
– Ma femme est au pays, je n’ai pas le temps de cuisiner. Alors je commande des trucs vous savez, les sandwichs là. D’habitude, je mange les frites avec, et la sauce aussi, mais maintenant je ne mange plus que le sandwich !
– Vous voulez dire que vous mangez des kebabs sans les frites ?
– Oui voilà ! Comme ça je prends deux sandwichs sans frites au lieu de un sandwich avec frites, mon docteur m’a dit que les frites étaient trop grasses pour moi du coup je n’en mange plus. »

Bon alors voilà, entre ce que dit le médecin, ce qu’entend le patient, ce que le patient pense qu’il est bien d’appliquer, ce que le patient arrive à appliquer sur ce qu’il pense qu’il est bien d’appliquer (monsieur R. avait un gros manque de frites au fond de son coeur et parfois il en mangeait quand même) il y a un monde…