Premier toucher vaginal

Vous avez sûrement entendu parler de la polémique qui a fait grand bruit, sur les étudiants en médecine qui s’entraînent au toucher vaginal lors d’opération sur des patientes endormies, sans leur consentement. Le mien ne s’est pas tout à fait passé comme ça.

C’était mon dernier jour avec le docteur Jekyll. Nous avions une liste d’objectifs à faire pendant le stage, et je n’avais pas encore fait d’examen gynécologique bien que j’en ai vu beaucoup. La plupart étant sur des femmes victimes de violence, il était plus que normal qu’une étudiante expérimentée comme moi ne vienne pas avec ses grosses pattes bourrues leur enfoncer un spéculum de travers.

Le docteur Jekyll veut toujours tout bien faire, donc il était un peu triste de ne pas avoir pu me donner l’occasion d’essayer. Quand vint cette patiente, qui venait pour un rhume.

On regarde son dossier et on remarque que cela fait trois ans qu’elle n’a pas fait de frottis cervico-utérin alors qu’ils sont recommandés tous les deux ans. Le docteur Jekyll lui propose alors d’en faire un dans la foulée, ce qu’elle accepte.

C’est à peu près le moment où une ampoule comme celle dans les dessins animés s’est allumée au dessus de sa tête :
« Madame, vous accepteriez que mon étudiante le fasse ? Elle n’en a encore jamais fait.
– Ah mais bien sûr il n’y a pas de souci il faut bien apprendre un jour ! »

Après avoir fait le frottis, je retire le spéculum et me prépare pour le toucher pelvien. Gants spéciaux, lubrifiant, je suis parée. La patiente éclate de rire.

« Mademoiselle, vous avez fait n’importe quoi, vous avez mis les gants de travers ! »

Je me disais bien que je me sentais un peu à l’endroit… Ce sont des gants avec seulement deux doigts, il faut mettre l’index et le majeur chacun dans un trou et j’avais mis l’index et le majeur dans un, le pouce dans l’autre. Je rougis et je recommencer.

Ca y est, j’introduis délicatement mes doigts dans le vagin de la patiente. J’ai peur de lui faire mal et je me sens pataude. Le docteur me demande :

« Tu sens bien le col ?
– Euh oui oui (non pas du tout)
– 
Les culs-de-sac c’est bon tu les sens ? »

Et la patiente qui intervient « Non mais tu peux rien sentir là t’es pas au fond ! Il faut que t’y ailles plus fort je vais pas me casser. J’ai eu trois gosses tu sais, des tonnes de médecins sont passés par mon vagin alors je sais où est mon col. Tape dans le fond je te dis ça me fera pas mal ! » (il faut l’imaginer non les pieds dans les étriers, à moitié relevée sur la table d’examen, moi toujours ayant mes doigts dans son vagin et elle en train de mimer ce qu’il fallait faire)

Je crois que j’ai eu deux secondes de latence et, contenant mon rire, j’ai enfoncé encore plus mes doigts. Ca y est, je sens le col et les culs-de-sac, hallelujah !

« Bah voilà que tu touches le fond, quand même ! Faut pas avoir peur ça mord pas hein ! Et du coup, tu les sens mes ovaires ? »

Voilà l’histoire de mon premier toucher pelvien. Je suis heureuse de pouvoir la partager avec vous, car elle représente bien toute cette polémique : pourquoi faire des touchers sans consentement à des patientes endormies quand cela peut se passer comme cela ? En demandant aux patientes si elles veulent bien que les étudiants apprennent sur elles, en ne prenant pas un « oui » mal à l’aise pour un vrai oui alors qu’elles ont juste peur de dire non au docteur, en respectant et en s’écoutant mutuellement, non seulement les patientes se sentiront plus à l’aise mais les externes apprendront mieux.

C’est beau le consentement non ?

Fleur

Elle s’appelle Fleur. Fleur a toujours eu un peu de mal à pousser, à s’entourer de personnes bonnes pour elle qui l’aident à grandir et à s’épanouir. Maltraitée, piétinée, bousculée, pétale arraché. Elle n’a jamais eu le bon terreau et la bonne eau pour grandir.

Aujourd’hui, Fleur est à la rue, Fleur est seule. Enfin, pas tout à fait.

Fleur est enceinte.

Elle porte la vie et s’est faite mettre à la porte par son compagnon quand il a appris qu’elle ne voulait pas avorter. Alors elle habite chez des connaissances, parfois elle dort dans la rue. On dirait une mauvaise herbe dont personne ne veut. Une si jolie fleur comme elle, arrachée du fond du jardin car son nom latin n’est pas assez beau pour son propriétaire.

On ne sait pas trop comment, un jour Fleur a poussé la porte de Docteur Jekyll. Il essaye de l’arroser mais ce n’est pas facile, elle a peur et ne fait pas confiance facilement. Il lui a fait passer des tests pour savoir si tout poussait bien, si elle n’avait pas attrapé des maladies.

On a construit un réseau autour de Fleur, pour l’aider à se sentir en sécurité. Cinq botanistes en herbe s’activent pour les faire grandir, elle et son bébé. Des fois on perd sa trace mais on se rend compte qu’elle a toujours fini par faire ce qu’on lui conseillait de faire, même si ce n’était pas au bon moment, ou avec la bonne personne.

Fleur avait pris rendez-vous ce matin. Docteur Jekyll, prévoyant, lui avait réservé deux créneaux pour qu’elle puisse arriver en retard sans souci comme elle le fait souvent, et aussi pour qu’elle puisse parler si jamais elle s’en sentait capable.

Fleur n’est pas venue, alors Docteur Jekyll a commencé à téléphoner un peu partout pour savoir où elle en était. Elle a passé la troisième écho il y a une semaine, tout va bien. Elle est prise en charge un peu plus loin, y va de temps à autre. Une place pour elle et son bébé est prévue dans un foyer d’accueil après la naissance.

J’ai été tellement touchée de voir que même si elle n’avait pas réussi à venir, les personnes qui s’occupent d’elle ont quand même passé une demie heure à parler d’elle, à se tenir mutuellement informées pour qu’elle ait la meilleure prise en charge possible.

Fleur est seule et pas seule à la fois. Elle n’a pas de foyer mais nous serons là pour l’aider si elle nous laisse faire. J’espère qu’elle se rendra compte qu’un rayon de soleil bienveillant veille sur elle, et qu’elle laissera ses pétales s’ouvrir pour absorber sa douce chaleur.

Ca va ça vient

Aujourd’hui, je suis allée avec le Docteur Jekyll constaté un décès. Je connaissais le patient car il faisait partie de nos visites à domicile. En soins palliatifs depuis maintenant quatre ans, il s’est éteint cette nuit, paisiblement.

On dit toujours qu’ils se sont « éteints paisiblement ». En vrai, pour eux c’est paisible mais pour sa femme qui dormait dans sa chambre comme chaque nuit, dans un lit d’appoint à côté de son lit médicalisé, cela ne l’était pas du tout. C’est comme un ordinateur qu’on éteint et qui a des tâches à faire avant, avec nous qui restons à côté « bon, tu vas te décider oui ??? » Oui oui, il se décide mais le corps « lutte ». C’est le cerveau reptilien qui lutte, et qui essaye tant bien que mal cette fonction si nécessaire à la vie : la respiration. Alors, quand on regarde quelqu’un mourir, on peut le voir gasper. Le gasp, c’est comme un poisson hors de l’eau qui essaye de survivre. C’est le cerveau qui s’éteint doucement.

Et c’est après cette nuit « paisible » que sa femme et ses enfants nous ont reçu pour qu’on constate le décès. On l’ausculte, on regarde s’il respire, on sent sa chaleur qui a déjà commencé à partir. On fait un certificat, on s’en va.

C’est assez simple en fait, de constater une mort. Un cadavre ça ne fait pas peur. Le plus difficile, c’est d’affronter la famille. Affronter n’est peut être pas un bon terme, mais voir les gens emplis de tristesse me fait plus mal que la mort en elle même. Je suis heureuse pour cet homme, qu’il ait enfin pu être libéré de son enveloppe charnelle avoir y avoir été coincé pendant tant d’années. Ne plus pouvoir marcher, manger, aller aux toilettes. Ne plus avoir toute sa tête mais l’avoir quand même assez pour se rendre compte de ce qu’il se passe. Non, pour lui je ne m’inquiète pas. C’est des vivants dont il faut s’occuper.

C’est de sa femme dont le quotidien tournait à celui d’un aide soignant qu’il faut aider à se reconstruire. Elle ne sait plus vivre pour elle et elle va devoir réapprendre. Elle pleurait, elle avait peur de ne pas avoir fait assez alors qu’elle en avait fait tellement. Voir ça est bien plus dur que de constater une mort.

Aujourd’hui, juste avant de partir en visite, nous avons vu une autre patiente de Docteur Jekyll, qui venait nous présenter sa fille de quelques jours. Ca faisait vingt ans qu’elle essayait de tomber enceinte, et à cause de problèmes de santé elle n’avait pas pu et elle avait abandonné. Et bien entendu, c’est toujours quand on abandonne que ça arrive !

Elle était tellement heureuse, et le bébé tellement beau. J’adore leurs petits doigts encore fripés, leur petite bouche qui fait cette moue si spéciale quand ils dorment. Le Docteur Jekyll était encore plus gaga, ne s’exprimant que par onomatopées. Trop de sourires dans ce cabinet pour une seule enfant.

La vie, ça va, ça vient. On ne peut jamais s’attendre à ce qu’il va s’arriver, à admirer les pieds délicats d’un bébé et sentir la peau d’un mort se refroidir sous ses doigts.  J’écris cela les larmes aux yeux, non pas parce que je suis triste, mais parce que je suis reconnaissante d’être en vie et d’avoir la joie de pouvoir ressentir autant de choses.

Merci.

Je suis en colère

Je suis en colère.

J’ai cette boule de rage et d’injustice coincée au fond de la gorge et je n’arrive pas à la faire sortir. Je ne sais même pas si je veux qu’elle sorte.

Aujourd’hui, j’ai vu une femme paniquée au cabinet du Docteur Jekyll. La peur se lisait sur son visage, dans ces gestes, cette façon de s’assoir sur la chaise mais pas tout à fait car il faut toujours être sur le qui vive.

Elle ne s’est jamais entendu avec ses voisins mais depuis quelques temps, c’est pire. L’autre jour, ils ont attendu son fils en bas de l’immeuble et l’ont frappé, l’ont insulté. Son mari, hors de lui, est allé sonner chez les voisins qui lui ont alors mis un coup de chaise « Du côté où il a eu son AVC docteur, vous vous rendez compte ? Lui ne se rendait plus compte de rien, il a mis des heures à s’en remettre ».

Ils ont porté plainte, mais les regards et les insultes continuent. Ils ont porté plainte, mais une expulsion prendra des mois. Ils ont porté plainte mais ils ont peur.

Cette femme et sa famille sont d’origine maghrébine. Depuis les attentats, ses voisins leur font payer ce que les terroristes ont fait. A cette « sale bougnoule avec son drap sur la tête ».

Et elle de nous expliquer : « Docteur, je ne sais plus quoi. Dans le coran, on nous explique que quand on nous fait du mal, il faut rester indifférent et ne pas réagir, et ainsi la personne en face comprendra son erreur. C’est ça l’islam docteur, et ma religion n’arrive plus à me protéger du terrorisme. »

Non, l’islam ne protège ni du terrorisme qu’on voit à la télé avec les armes à feu, les camions et les explosions, ni du terrorisme ordinaire du voisinage.

L’islam n’est pas non plus la cause du terrorisme. Le terrorisme n’a pas de religion et n’est la lubie que d’une poignée de fous qui s’en servent comme excuse, mais la religion qu’ils prétendent défendre, ce n’est pas l’islam. C’est une religion déformée, malléable à volonté qui leur permet de justifier je ne sais quelle horreur.

Je suis dégoutée et j’ai la haine, que dans mon pays, on frappe, on martyrise ceux qui comme nous, subissent le terrorisme, simplement parce qu’ils ont une couleur de peau ou une religion différente. Ca aussi c’est du terrorisme, une forme de terrorisme qui empêche cette famille, comme beaucoup d’autres familles, de vivre normalement, s’en crainte qu’on leur tombe dessus à tous les coins de rue.

Je suis en colère et ça ne part pas. Je n’ai pas envie que ça parte. J’ai envie que cela change.

La médecine générale

En ce moment, je suis en stage chez le généraliste. Enfin chez les généralistes vu que j’en ai deux, que je nommerais Docteur Jekyll et Mister Hyde. Venir en médecine générale (MG) a été un choix très fort de ma part. En effet, 50% des étudiants en médecine, à l’issue de leur sixième année, deviendront généralistes, ce qui vous en conviendrez, est énorme. Et pourtant, les facs ne proposent que peu de stages chez le généraliste. Ceux qui acceptent de nous prendre dans leur cabinet ont parfois une activité très spécialisée, parfois même tirant vers la médecine alternative comme l’homéopathie ou l’acupuncture. Dur donc, de trouver des médecins généralistes reflétant ce nous, nous pourrions devenir plus tard. Nous devions faire notre choix parmi des couples de généralistes, et ça faisait longtemps que j’avais repéré Docteur Jekyll et Mister Hyde. Je l’ai voulu, je l’ai eu. Et cela a dépassé toutes mes attentes.

– Docteur Jekyll –

Docteur Jekyll est exactement le genre de médecin que je voudrais devenir plus tard. Il travaille avec des associations de femmes battues, prend en charge des patients en soins palliatifs à domicile, et est doté d’une humanité extraordinaire. Il sait écouter chaque personne individuellement, et leur rappelle leur valeur.

Un jour une femme chassée par son mari est arrivée chez nous. Il a pris bien plus que le quart d’heure réglementaire pour l’écouter, lui laisser le temps de parler, le temps de pleurer. Il lui a dit qu’elle était forte d’avoir fait tout ce chemin, et qu’en aucun cas elle ne devait se considérer comme coupable de quelque chose. Et puis il lui a montré un poster de Wonder Woman qui est accroché sur son mur. Et il s’est penché vers elle « vous voyez ça, c’est vous ». Elle a haussé les épaules, mais j’ai vu au fond de ses yeux que ça l’avait touché.

Plusieurs fois je l’ai vu montré ce poster à des patientes, et à chaque fois j’ai vu cette lueur. Je l’ai vu rendre à ces Wonder Women leurs superpouvoirs. Ce sont des petits gestes comme ça qui font parfois toute la différence. Vous pourriez vous dire que c’est une arnaque qu’ils disent à toutes ses femmes qu’elles sont toutes des Wonder Woman. Mais au contraire, on pourrait le dire à chaque femme cela resterait vrai.

Chaque jour que je passe auprès de lui, j’en apprends un peu plus. Pas forcément sur les connaissances médicales, mais sur comment être un bon médecin. J’espère qu’il n’a pas trop remarqué les paillettes que j’ai dans les yeux quand j’assiste aux consultations.

– Myster Hyde –

Mister Hyde est l’opposé de Docteur Jekyll. Il matérialise le médecin que je ne voudrais PAS devenir plus tard. Tout est automatique chez lui. Il dit systématiquement les mêmes phrases aux mêmes moments de la consultations. Une consultation ne doit pas durer plus d’un quart d’heure sinon on perd de l’argent. Les patients sont plus des clients qu’autre chose.

Il a une ordonnance type pour chaque symptôme. Durant une demi-journée de stage, nous avons vu cinq patients différents, qui toussaient depuis des durées différentes pour des raisons différentes. Ils ont chacun eu la même ordonnance : sirop antitussif, anti histaminique et corticoïdes en cure courte. Devant mes yeux ébahis se déroulaient consultation après consultation ce bafouement de toutes les recommandations possibles et imaginables de la HAS (Haute Autorité de Santé). Une cargaison de médicaments, pour un rhume ????

L’autre jour, j’ai assisté à une annonce de cancer, ma première annonce de cancer. Voici le résumé de la consultation :

 » Bonjour, nous avons les résultats de votre biopsie, c’est cancéreux.
– Quoi ???????????
– Voici l’adresse d’un spécialiste.
– Mais c’est grave docteur ?
– Vous demanderez au spécialiste.
– Et… Quels genres de traitements je vais avoir ? Enfin quelles sont les options ?
– Vous demanderez au généraliste.
– Je ne me sens pas très bien.
– Tenez un verre d’eau. Vous avez votre carte vitale ? Cela fera 23€ s’il vous plaît. Vous payez par carte bancaire ? »

Vingt-trois euros pour se faire annoncer en cinq minutes chrono que l’on a un cancer, et que peu importe les questions que l’on a on devra les poser à quelqu’un d’autre. Et la réassurance, l’empathie, on peut se la mettre là où je pense.

J’ai rarement été aussi choquée de toute ma vie. J’avais les larmes aux yeux j’ai du sortir du cabinet pour me calmer en inventant une raison stupide. On aurait tellement pu rassurer ce patient en utilisant des mots, des gestes simples. Ces gestes qui font toute la différence.

Il s’ennuie profondément dans son métier, et ça se voit qu’il aimerait être ailleurs. Il répond même à ses mails pendant les consultations, alors que le patient pense qu’il prend juste le temps de bien rédiger son ordonnance (mais non elle est toute prête !)

J’espère qu’il ne remarque pas le dégoût que j’ai pour son exercice quand je viens chez lui.

– La médecine générale –

Je l’ai plus remarqué chez le Docteur Jekyll que chez Mister Hyde, je pense à cause de la relation de confiance qui s’installe au fur et à mesure des consultations. Les patients ne viennent pas juste parce qu’ils sont malades. Ils viennent voir leur généraliste. Pour parler, pour donner des nouvelles. C’est le médecin qui les suit dans la vie de tous les jours, qui savent tout d’eux. C’est un regard bienveillant qui les accompagne peu importe l’étape de la vie qu’ils traversent.

Un lundi, nous avons vu une patiente de 65 ans pour l’ajustement de son traitement anti-hypertenseur. Le lundi d’après, elle avait repris un rendez-vous. Elle l’avait pris pour annoncé au Docteur Jekyll que son mari _ qu’il suivait également_ était mort entre temps d’un AVC. Il était tombé dans le coma pour ne plus jamais se réveiller. Vous me direz qu’au sens médical du terme cette consultation n’était pas nécessaire, que la sécu ne devrait pas avoir à rembourser cela. Mais humainement, elle était indispensable. Qu’elle puisse se décharger sur quelqu’un de neutre, qu’elle puisse montrer sa faiblesse qu’elle cache farouchement devant ses enfants. J’ai eu du mal à retenir mes larmes durant cette consultation. A la fin de la matinée, j’ai demandé au Docteur Jekyll comment il faisait pour se barricader. Et il s’est retourné vers moi et m’a dit qu’il avait aussi eu les larmes aux yeux, et que parfois, oui ça nous touche.

J’ai aussi compris le sens de « médecin de famille ». Un mercredi, nous avons vu un très grand alcoolique, tenant à peine sur ses jambes, qui essayait pour la millième fois de se sevrer. Son visage et son esprit était ravagé par l’alcool. Le lendemain, un couple très sympathique vient nous voir pour le suivi de leur diabète respectif. A la fin des consultations, le Docteur Jekyll se tourne vers moi et me dit :

« Tu as remarqué ?
– Quoi donc ?
– Les noms de famille. »

Le couple était les parents du patient que nous avions vu la veille. Cela faisait des années qu’ils avaient coupé le contact à cause de l’alcool, mais chacun continuait de voir le même médecin. C’est l’unique lien qu’il reste entre eux sans même qu’ils le sachent, puisque que ce serait briser le secret médical que de mentionner à l’un que l’autre est venu consulter.

Je ne m’étais jamais rendu compte auparavant de l’importance du médecin généraliste, en première ligne sur le front de la vie des patients. De la différence qu’un bon et un mauvais médecin généraliste peut faire dans une vie.

Je ne sais pas si je deviendrais généraliste même si je dois avouer que la spécialité m’attire beaucoup. Mais je sais quel genre de médecin je veux devenir. Je veux pointer Wonder Woman du doigt.

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