De la noix de coco sur un mur froid

Quand on est en P1 (première année), on finit rapidement par adopter une routine dont on ne dérive plus pendant une, voire deux années.

Moi, j’étais de ceux qui allaient travailler à la bibliothèque universitaire (BU). Je me levais tous les jours à 7h30 pour y être à 8h50, afin de faire la queue pour pouvoir avoir les bonnes places. Pas à côté d’une bouche de ventilation, ça fait du bruit. Pas à côté de l’allée, c’est les gens qui font du bruit. Avec le groupe avec qui je travaillais, on avait « notre » table. Alors à 9h, quand les portes s’ouvraient nous courrions réserver nos places avant de travailler jusqu’à 12h15.

A 12h15, nous relevions la tête de nos polys et nous partions manger pendant 45 minutes, pour revenir à 13h pile et recommencer à travailler jusqu’à 19h. L’après-midi, je m’accordais une pause de un quart d’heure, à 16h, pour décompresser.

Ce n’était pas facile mais on prend l’habitude.

Je me souviens que j’ai fêté mes 20 ans en P1. C’était mon année de doublante, et j’ai mangé un muffin d’anniversaire dans les escaliers de la fac. Qu’est-ce que j’étais heureuse. Ce simple muffin, offert par des gens qu’au final je ne connaissais pas en dehors de la bibliothèque, m’avait rendu tellement heureuse. Quand on n’a pas grand chose, on se contente d’un rien, même d’un muffin dans un escalier pour ses 20 ans.

On travaillait sans savoir si l’on allait avoir le fameux sésame, le droit de rentrer dans le merveilleux monde de la médecine. On s’abrutissait d’anatomie, de chimie, de santé publique.

Je me souviens d’avoir souvent regardé les tables réservées « aux D3-D4 », les cinquièmes et sixièmes qui passent l’ECN. Je les regardais et je me disais qu’au moins ils travaillent pour quelque chose qu’ils aimaient. Et puis je me replongeais dans mon poly.

Aujourd’hui, pour la première fois, j’ai eu le droit de m’assoir à cette table. Je me suis assise doucement sur une des chaises, et j’ai posé mes livres devant moi. J’ai pensé à celle que j’était il y a cinq ans, quand j’ai commencé ma première P1. En P1, je n’osais rien imaginer de peur d’être déçue. J’ai bien fait, je n’aurais jamais pu deviner ce qui allait suivre.

Ces études m’ont apporté tellement de bonheur, tellement d’émotions. J’ai rencontré tellement de personnes, aussi bien à l’hôpital que dans la faculté. Jamais de ma vie je n’ai été aussi heureuse.

Hier, je suis allée en conférence. Ce sont des cours du soir, de 19h à 23h, que l’on peut prendre en supplément pour se préparer l’ECN (le fat boss des études de médecine). Et là, en attendant que cela commence, on a partagé des morceaux de noix de coco, assis sur un mur. Nous n’avions pas forcément besoin de parler, on était juste bien là, à savourer quelque chose de frais avant d’aller s’enfermer pendant quatre heures dans un amphithéâtre où il fait beaucoup trop chaud.

J’ai retrouvé cette sensation que j’avais eu en mangeant ce muffin en P1. Un petit moment de répit, qui n’aurait pas autant de valeur ni je n’avais pas passé le reste de ma journée à la BU et si je ne devais pas travailler encore quatre heures avant de pouvoir retrouver mon chez moi.

Non, ce n’est pas un chemin facile. Tous les jours on est poussés à se dépasser, on repousse nos propres limites car au final, si on ne travaille pas, personne ne viendra nous le reprocher. Nous nous acharnons pour nous, pour nos futurs patients, quitte à s’enfermer des heures et des heures à travailler. Je ne sais pas quel genre de médecin je deviendrai, je ne sais même pas si je deviendrai médecin ou si je vais finir par tout quitter sur un coup de tête pour ouvrir le restaurant dont je rêvais quand j’étais petite.

Ce bête petit morceau de noix de coco m’a rappelé tout ça. Je râle souvent mais je suis là où je veux être, et ça, ça n’a pas de prix. Je ne sais pas où je vais, mais tant qu’il y aura de la noix de coco et des muffins, je sais que je serai heureuse.

Je suis tellement heureuse d’être ici.

Histoire de femme

Elle est tombée, elle s’est cognée. Elle s’est ouvert le front. Rien de grave, mais cela mérite quand même des points de suture, alors elle vient aux urgences.

Je l’examine, tout est normal.

Et elle se met à pleurer.

« Vous trouvez pas ça drôle vous ? Il y a un an, presque jour pour jour, je suis venue ici pour un nez cassé. Pour un nez qu’il m’a cassé.
Et là, quand j’ai finalement réussi à le plaquer, partir avec mes enfants commencer une nouvelle vie je tombe et je me fais mal toute seule. Comme une grande. La boucle est bouclée en quelque sorte.
Mais ça fait un mal de chien, vous êtes sûre que c’est joli ? »

Elle était épuisée, blessé, seule, mais qu’est-ce qu’elle était belle et forte. Courageuse. Incroyablement vivante.

Elle ne s’en rendait même pas compte, mais quelle femme.

Merci pour la leçon de vie.

L’amour des urgences

Cela fait maintenant deux trimestres que je fais des gardes aux urgences, et plus j’en fais, plus j’aime ça. Je me plains religieusement avant d’aller à chaque garde, car oui il faut se l’avouer, se lever à 7h, aller en stage le matin, à la bibliothèque l’après midi, et enchaîner sur une nuit sans dormir en mangeant ton dîner à 5h du matin, oui c’est crevant. En rentrant chez moi à 9h, quand je ne trouve pas de place dans le métro bondés de gens qui vont au travail, je leur dis : « excusez moi, cédez moi votre place car voyez vous, je viens de passez la nuit à m’occuper de gens comme vous et je suis CREVÉE ». Ok je leur dis pas, mais je le pense très fort et je m’agrippe à la barre du métro comme un naufragé à son radeau.

Je vais pas vous mentir, je vous l’ai déjà expliqué dans cet article, parfois c’est relou de voir débarquer un mec à quatre heures du mat car il s’est réveillé en nage d’un cauchemar et qu’il n’a pas su différencier le rêve de la réalité (true story). Mais on est là pour ça.

Oui, dans « urgences », il y a « urgences » et parfois la seule prescription que l’on aurait besoin de faire serait un Larousse .

1/ Caractère de ce qui est urgent, de ce qui ne souffre aucun retard :L’urgence d’une solution à la crise.
2/ Nécessité d’agir vite : Des mesures d’urgence.
3/ Situation pathologique dans laquelle un diagnostic et un traitement doivent être réalisés très rapidement.
4/ Situation qui peut entraîner un préjudice irréparable s’il n’y est porté remède à bref délai et qui permet au juge de prendre certaines mesures par une procédure rapide (référé, assignation à jour fixe) ; la procédure elle-même

Parfois ça rend violent, les gens violents. Un jour, je me suis faite agresser par la mère d’une patiente qui souffrait de crises d’angoisse. Elle en avait fait une énorme ce jour là qui l’empêchait de dormir et elle était venue pour qu’on la soulage. Elle exigeait qu’on l’endorme pour que cela passe, ce que l’on ne pouvait pas faire bien entendu, on ne va pas sédater quelqu’un pour une crise d’angoisse. Je ne suis pas en train de dire qu’une crise d’angoisse ce n’est rien, bien au contraire, c’est quelque chose d’assez horrible en réalité. Ça se manifeste différemment chez tout le monde, par une oppression thoracique qui vous empêche de respirer, par de la spasmophilie, pas des crampes abdominales, par des tremblements. Ça peut donner l’impression que l’on va mourir dans la seconde qui suit. Et puis ça part. Pour mieux revenir.

C’est en état d’épuisement total que cette patient est venue, pour arrêter de souffrir. Mais non, il n’existe pas de piqûre magique pour soulager l’angoisse. Il existe des médicaments utilisés en psychiatrie (l’atarax par exemple), mais à mes yeux, ce ne sont que des fuites en avant. Je suis passée en stage de psychiatrie l’année dernière et j’ai été choquée de voir à quel point les patients s’enfilaient ça comme des bonbons. En fait, on peut prescrire ce qu’on appelle des « sur demande » ou des « si besoin ». Ce sont des médicaments que l’on ne donne pas systématiquement aux patients, mais si jamais ils en éprouvent le besoin ils peuvent le demander. Et quand l’angoisse pointait le bout de son nez, qu’est-ce qu’ils faisaient ? Ils demandaient de l’atarax, que les soignants leur donnaient sans se poser de question.

Alors oui, l’atarax aide, il shoote un peu et ça permet de se relaxer. Mais est-ce que c’est vraiment la solution ? Est-ce que prendre un quart d’heure pour parler avec le patient qui vient demander son médicament ne serait pas mieux ? Des consultations « si besoin » ? Pour se poser, prendre le temps de questionner cette angoisse. Essayer de réfléchir ensemble à une cause, à une solution, plutôt que d’avaler un truc chimique pour se calmer. Peut être que ce serait soûlant pour les soignants, de voir le même patient anxieux toutes les deux heures qui n’arrive pas à se calmer. Mais c’est en l’accompagnant jour après jour qu’il devient autonome.

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Je divague, revenons à la patiente des urgences. Oui, elle aurait pu attendre le lendemain matin. Oui, sa mère aurait pu éviter de me saisir le bras de toutes ses forces pour me demander pourquoi on ne faisait rien de plus pour sa fille. Mais elles en avaient besoin, c’est insupportable l’angoisse, et c’est insupportable de ne pas comprendre pourquoi on ne fait rien de plus que de la garder la nuit avec nous dans un box parce que le psychiatre de garde ne se déplace que pour les personnes suicidaires. Je ne dis pas que j’aime me faire agresser, mais je dis que je peux comprendre. Je peux comprendre et imaginer la détresse. Je peux ne pas réagir violemment à cette mère désespérée de voir son enfant souffrir, accepter que c’est la peine qui l’a fait agir ainsi. Et tenter de l’aider.

Ou cette mère de famille qui venait parce qu’elle avait mal dans la poitrine. Elle n’avait rien, une simple crise d’angoisse, mais sa mère et sa sœur était toutes les deux mortes d’un infarctus et puis elle était seule avec la maison avec ses deux fils autistes et qu’elle n’en pouvait plus. Ces deux heures d’attente aux urgences, ces quinze minutes dans le box avec moi, c’était ses premières heures seule à s’occuper d’elle depuis de longues années. Alors quand c’est comme ça, je suis heureuse de prendre dix minutes de plus pour parler de tout et de rien avec elle. Parce que si elle est venue pour rien médicalement parlant, elle venue pour quelque chose d’important. Elle est venue pour elle.

Nous sommes là pour ça, pour les urgences vitales et les urgences moins vitales. Nous sommes des veilleurs de nuit quand tous les généralistes sont fermés. Nous sommes là pour vous. Et c’est ça que j’adore dans les urgences. C’est un bouillon de vie, on y voit de tout, et on voit tout le monde. Je voyage plus en une garde qu’en partant dans un autre pays. Ça vaut tous les netflix du monde, de regarder les gens vivre.

Tout le monde est loin d’être d’accord avec moi, et je peux le comprendre. Oui, les urgences sont débordées car ce qui aurait pu être réglé chez le généraliste finit par faire des attentes de cinq ou six heures aux urgences, et des pertes de chance pour les patients avec des pathologies nécessitant une prise en charge immédiate. On essaye de classer les personnes selon la gravité potentielle de leur motif de venue mais des fois, oui on se plante. Oui c’est chiant de voir un mec débarquer car il a eu une crise d’hypotension orthostatique, et qu’il a cru faire un AVC et passer devant quelqu’un qui avait un infarctus avéré.

Mais à mes yeux, nous sommes aussi bien là pour soigner que pour rassurer. Comme un phare, nous éclairons les récifs de la côte pour les personnes qui voguent sur la vie. Un petit phare, mais un phare quand même. Un phare qui ne règle pas tous  les soucis mais qui aide à passer la fin de la nuit, jusqu’à ce qu’au petit matin les autres médecins rouvrent leur cabinet.

(Mais s’il vous plait, laissez moi cinq minutes de répit pour que je puisse aller manger à ma prochaine garde sinon je jure que je mords un patient !)

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Une bonne soirée

« Bon alors voilà, c’est un homme de 30 ans avec pour antécédent un reflux gastro-œsophagien qui est venu car ça lui brûle dans la poitrine après qu’il ait vomi
– Ouais et pourquoi tu me dis ça ? Tu lui files des IPP, du gavisgon et tu le renvoies chez lui. Il est deux heures du matin, pour l’amour de dieu !
– C’est que…
– Que quoi ?
– C’est un contexte particulier…
– Ben voyons, et moi j’allume la pluie comme Adèle.
– Alors en fait c’était hier soir…
– Je me fais chier. Tu te rends compte que je me fais chier ?
– Il était à une orgie…
– Ah ?
– Homosexuelle, non protégée, avec des gens qu’il ne connaissait pas…
– OK.
– Il a pris de l’ectasy, de la coke, du poppers, du MDMA et du GHB…
– OK.
– Et au bout de la septième heure, tel Dieu se reposant le septième jour, son estomac a pris congé, il a vomi partout et a fait un blackout.
-Bon, qu’est-ce que tu ferais ?
– IPP gaviscon et leçon de morale ?
– MAIS NON BORDEL. IPP, gaviscon, leçon de morale ET prophylaxie du VIH. Ignare d’externe. Va me chercher le bon pour la pharmacie et fissa. »

~ Quelques instants plus tard, dans le box du patient ~

« Bonsoir monsieur, mon étudiante m’a dit que vous avez passé une bonne soirée ! C’est très bien que vous passiez une bonne soirée, moi-même j’en passe des excellentes de temps à autre, mais merde quoi, aimez vous protégez vous ! Vous vous tapez qui vous voulez, mais dans les règles de l’art, pour vous comme pour la personne d’en face. Allez, je vous donne des médicaments pour empêcher toute infection par le VIH, vous revenez nous voir dans deux jours pour faire des tests sanguins. Pour votre ventre, voilà une prescription pour avoir moins bobo. Et mollo sur le reste si vous voulez continuer de profiter ! Allez bonne soirée, probablement moins palpitante que la précédente mais bonne soirée quand même ! »

IPP, gasviscon, leçon de morale et prophylaxie du VIH. C’est simple en fait la vie.

 

N’oubliez pas, aimez vous, protégez vous ! ❤ 
Pour plus d’informations :  https://www.sidaction.org/

Reboot

« Mademoiselle ? Qu’est-ce qu’il m’est arrivé ? J’ai un peu mal à la tête… J’ai l’impression d’émerger. Je crois que je me suis cogné la tête… Juste une question, est-ce que je vais remarcher ? »

Il n’arrête pas de s’agiter sur son brancard. J’essaye tant bien que mal d’agrafer sa plaie du scalp mais il n’arrête pas de jacasser. L’envie de lui fermer la bouche à l’aide des agrafes me traverse brièvement l’esprit. Jamais je ne suis autant contenue face à un patient. Mais pourquoi ? Il veut simplement savoir ce qu’il s’est passé.

C’est assez simple en réalité : il est tombé en vélo, s’est méchamment cogné la tête contre le sol et s’est ouvert le scalp. On a fait un scan de contrôle, aucune atteinte cérébrale, pas de fracture. Tout baigne. Mais pourtant, il souffre, et nous fait souffrir aussi. En effet, monsieur G « émerge » toutes les deux minutes. Toutes les deux minutes, il retrouve ses esprits, se demande où il est et ce qu’il s’est passé. Cinquante fois, on lui a dit qu’il n’aurait pas de séquelles et qu’il allait rentrer chez lui. Cinquante-et-une fois, il nous a demandé ce que était son pronostic et si on allait le garder.

On a beau le rassurer encore et toujours, il continue de nous répéter la même chose tel le PNJ moyen dans un jeu vidéo. J’aimerais bien appuyer sur A pour passer les moments chiants de la conversation, mais malheureusement pour moi aujourd’hui, j’ai affaire à de vrais êtres humains en médecin et non pas des amas de pixels. On aurait dit un dresseur pokémon dont on aurait croisé la route parce qu’on a pas fait attention où on regardait et qu’on serait obligé de se battre, où dans le cas échéant de répondre à ses questions. « Embryon médical utilise fuite. Embryon médical pointe un pauvre infirmier qui n’a rien fait en disant qu’elle a des choses à faire. Embryon médical s’enfuit en courant. »

Je suis pas très fière de la vingtaine de fois où je l’ai esquivé. Ce n’est pas de sa faute. Vous imaginez ? Vous réveillez sans cesse dans un endroit inconnu, ne pas savoir ce qui nous est arrivé et personne nous répond, et pire, un mec allongé sur le lit aux draps jaunes dégueulasses nous demande de fermer notre gueule. C’est comme un die and retry sauf que c’est ta vie. Au bout d’un moment, le personnel en a eu marre car il nous interrompait sans cesse dans le moindre de nos gestes, quitte à nous insulter, et nous empêchait de prendre en charge les autres patients. On l’a donc mis dans un box à part. Il a tellement hurlé qu’on a préféré le remettre dans la salle commune pour ne pas faire peur aux gens.

Soudain, j’ai eu ce que j’appelle la fulgurance de quatre heures du matin, c’est-à-dire ce moment où tu es tellement fatigué, que des idées géniales dont tu ne fais jamais rien à cause de ladite fatigue pointent le bout de leur nez. Je lui ai écrit un mot. Pas un seul mot hein, plusieurs mots pour faire des phrases qui lui expliquaient ce qui lui était arrivé et qui répondait à toutes ses questions dans l’ordre. Mon CCA s’est moqué de moi avec l’infirmier mais j’ai quand même été le donner. « Tu t’es crue dans Memento ? T’es pas Christopher Nolan ! »

Et bien je crois que j’ai fait amende pour toutes les fois où j’ai appuyé sur A avec un aubergiste d’un jeu vidéo (ou un paysan ne soyons pas sectaires).  Il a lu et relu ce mot, le serrant parfois contre sa poitrine comme si c’était tout ce qui lui restait au monde. Ça l’a calmé en cinq minutes. Il ne nous parlait plus. Il ne criait plus sur les autres patients. Je passais le voir de temps à autre et j’ai pu constater qu’il émergeait pour de vrai cette fois. Il se souvenait de quand j’étais venu le voir l’heure précédente. Il se souvenait de m’avoir parlé de ses hobbies.

Je suis partie à 8h30 quand la relève est arrivée, le cerveau à marée basse mais le coeur en joie parce que j’avais enfin servi à quelque chose dans ma courte carrière d’étudiante en médecine. J’avais aidé quelqu’un.